Perdre un enfant : dix ans après…

Hier, j’ai vécu une journée que je n’aurais jamais imaginé vivre un jour : le dixième anniversaire de mon interruption médicale de grossesse…

Dix ans après, ben, ça fait toujours aussi mal !
Même si la douleur est différente, que le deuil n’accable plus autant, ça reste de ces dates « qui remuent ».

Apprivoiser l'absence...
Apprivoiser l’absence…

C’est fou comme le corps, autant que l’esprit, se souvient de mémoires, et les ravive, alors que le mental voudrait inciter à aller de l’avant.
En tout cas, hier, j’ai eu beau y faire, j’ai été rattrapée quand même !
(Je veux toujours rester forte, mais, ça n’empêche que par moments, je craque : je pleure et je me laisse aller, j’accepte de me laisser traverser par mes émotions).

Bref, ça m’a fait vraiment tout bizarre de me dire que je vis cela dix ans après les faits.
Ça donne le vertige presque : à la fois se dire que la Vie a continué, que plein de choses se sont déroulées, et en même temps, il y a pile dix ans, je vivais l’enfer ! Ce mois d’août 2016, cette année même 2016, restera toujours comme une année pourrie pour moi !

Des souvenirs, des sensations, me sont revenus hier, intacts, de cette journée du 17 Août 2016, où j’ai préféré laisser partir dans la Lumière ma fille Agathe, beaucoup trop malade pour avoir une vie digne… J’étais alors enceinte de presque 6 mois…

Des moments de l’acte médical, où à l’aide d’une longue seringue, un médecin vient arrêter le cœur du bébé in utero…
La sage-femme, qui, tout du long, m’a serré la main et parlé…
Les médicaments hormonaux que j’ai dû prendre pour forcer l’accouchement et faire descendre tous les taux d’hormones de la grossesse…
Cette journée qui n’en finissait plus et semblait se passer dans un autre espace-temps…
Ces jours précédents, avec toute cette batterie d’examens médicaux, d’échographies, qui confirmaient le mauvais pronostic vital de ma première fille, en plus de mon instinct qui me disait que ça se finirait très mal…
Ces papiers, ces prises de rdv au CHU de Nantes, ces discussions avec les sages-femmes, les médecins spécialisés dans le diagnostic de grossesses avec risques…
Cet été 2016 qui ressemblait plus à l’ouverture d’un enfer que d’un été habituel, sans soucis…
Ton enterrement, quelques jours après, et le bruit des vis qu’on est venu fixer sur ton petit cercueil…
Le petit doudou qui t’a accompagnée pour l’éternité…
Le soutien de nos amis, de nos familles, leurs mots, parfois difficiles à prononcer pour eux, de peur de blesser… et pourtant, merci à eux !
Ceux qui nous ont écoutés et accompagnés à l’église, pour ta cérémonie de sépulture, qui a eu lieu le 24 Août…

Ces sensations personnelles que j’ai eues aussi, comme des sorties de corps, tant je n’en pouvais plus moralement ! Et ces compréhensions, en un instant, face à tant de douleurs, ces images que je captais, de l’illusion totale de ce monde !…
Ça peut paraître comme une forme d’hallucinations, mais je me souviens très bien, pendant que « j’accouchais » (je mets entre guillemets, car comment qualifier vraiment d’accouchement un acte par lequel tu ne donnes pas le vie, mais la mort du bébé que tu portes dans ton ventre ?), j’ai « vu » un ensemble de drapeaux de plein de pays différents, j’ai vu défiler tout plein de partis politiques, et d’un coup, ça m’a vraiment montré que tout ça, c’était purement illusoire !
J’ai eu d’autres sensations, qui m’ont clairement fait comprendre l’hypocrisie et le mensonge de notre société…
C’était une compréhension nette, en un éclair de seconde, et le temps de revenir complètement à moi, c’était comme une énorme mise à jour de mon être. Je n’étais plus la même…

Et puis tenir cette enfant morte-née, après toute une journée de souffrance…
Et ces « cafards » qui passaient régulièrement dans ma chambre d’hôpital, demander « ben alors, vous allez faire quoi du corps ?… »
Ces envies de les envoyer promener (pour rester polie !), eux qui étaient dans leur côté administratif et procédurier, et moi, juste épuisée, sonnée, qui leur répétais « On verra demain ! ».

Et surtout, cette sensation forte, que je n’oublierai jamais, ça a été de sentir l’âme de ma fille quitter mon ventre, quand son petit cœur très malade s’est arrêté.
Un bref courant d’air, une vague, toute douce…

Même dans le couloir, au même moment, son père l’a senti (même s’il a dénié en bloc tout ceci depuis !).

Ma fille Agathe aura été là pour éveiller ma conscience, quelques mois après que ma mère l’ait fait en quittant elle aussi ce monde, peu avant Noël 2015…

De là s’est ensuivi tout un parcours d’éveil spirituel, d’accélération, bien que depuis toute petite, je « savais » certaines choses, mais je les gardais cachées, de peur de passer pour folle.

J’ai rencontré une psychologue formidable, Martine, exerçant dans un service périnatal dans une maternité d’une clinique… « Sainte Marie » (non, je n’en ai pas fait exprès !).
C’est elle, qui, de fil en aiguille, m’a orientée vers des soins en magnétisme, où j’ai ensuite fait la connaissance de l’énergéticienne qui me suit toujours actuellement, Marie-Laure, et par qui j’ai compris que moi-même, mes dons en magnétisme étaient en train de s’ouvrir !

C’est grâce à ce parcours, par ce commencement en tout cas, que j’en suis là actuellement.

J’ai une pensée de cœur pour tous les autres parents qui ont perdu eux aussi leur bébé pendant, ou peu après, la grossesse.
Tous ceux aussi qui ont perdu leur enfant, peu importe à quel âge cela est arrivé…

A toutes ces mam’anges, ces pap’anges, ces par’anges, comme on les appelle, je garde silencieusement cette solidarité de cœur, cette compréhension de destins chamboulés, de vies qui ne sont plus jamais comme avant.

Hier, j’ai ressenti de même le besoin de revoir certaines photos, relire certains mots, poèmes, dessins, que j’avais faits à l’époque, avec mon fils aîné, qui a dû aussi faire le deuil de sa sœur…

Ruban du deuil périnatal
Ruban du deuil périnatal

A toi, Agathe, ma première petite fille, je reste très fière de toi, car tu es ma première fille, et je remercie la Vie, je te remercie aussi, de m’avoir permis de redonner la vie quelques mois après à ta petite sœur. <3

Hier, j’ai donc pris le temps d’écrire un poème pour toi, ma petite Agathe, d’aller fleurir ta tombe, la décorer aussi, puis allumer une bougie rose en soirée, en souvenir et pour me recueillir, m’apaiser après cette dure journée.
J’ai toujours senti que le rose était ta couleur préférée, et j’ai aussi ajouté un bouquet de roses, qui ont naturellement fleuri au jardin en ce jour, pour toi.

Un bouquet de roses et une bougie rose, en souvenir des 10 ans de mon IMG...
Un bouquet de roses et une bougie rose, en souvenir des 10 ans de mon IMG…

Dix ans après, c’est fou de constater comment ma vie a changé, évolué, ce qu’elle m’a amenée durant toute cette période… et de constater que pour beaucoup de par’anges, c’est pareil.
Je constate encore plus, après conscientisation, à quel point on ne peut présompter de rien en ce qui concerne le lendemain.
Ce qui paraît immuable, peut l’être… Tout peut changer…
A quel point rien n’est définitif, rien n’est écrit à l’avance, et comment Dieu peut changer notre destinée en un instant.

Prenez bien bien soin de vous, savourez la Vie, faites de vous VOTRE priorité : personne n’a à vous dicter ce que vous devez vivre. Faites-le POUR VOUS !
La santé avant tout, morale, mentale, physique ! Le reste suivra !…

Nam’Asté

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